Acteur de la mode: Interview de Camille Montard

Camille Montard
Illustration de Camille (Par Hanie).

Aujourd’hui, dans notre série des acteurs de la mode, nous interrogeons Camille Montard, une diplômée de marketing de mode et vivant depuis deux ans à Séoul. Nous espérons qu’elle pourra vous apporter une autre vision des choses si par exemple, vous comptiez vous aussi vous installer en Corée ! Bonne lecture !

 

Q: Peux-tu nous faire un résumé de ton parcours ?

R: J’ai commencé par faire un BTS de modélisme, puis je me suis réorientée vers la stratégie commerciale et le marketing en effectuant un Master à Lyon 2 université en mode et création ! J’ai ensuite effectué un stage dans un bureau de conseil et tendance (Martine Leherpeur Conseil) et ça s’est super bien passé !

 

Q: Comment es-tu arrivée à écrire des articles pour Martine Leherpeur ?

R: Le bureau de tendance Martine Leherpeur était étroitement lié au Master que j’ai effectué à Lyon. Certaines directrices donnaient cours là-bas. A la base j’étais intéressée, au delà de travailler pour une marque, de travailler dans le conseil, donc dans un bureau de conseils et de tendances. J’ai effectué un stage chez eux pendant six mois pour mon Master, puis j’ai été embauchée chez eux.

Le projet de vivre et travailler en Asie, ça s’est fait comment ? Comment as-tu réussi à concrétiser ce projet ?
J’avais déjà le désir de vivre en Asie lorsque j’étais étudiante. Mon père travaillait beaucoup là-bas quand j’étais enfant donc j’ai été bercée par cette idée de l’Asie.

Cette boîte (Martine Leherpeur) avait une branche à Paris et à Shangaï. J’ai compris qu’il y avait possibilité d’avoir un stage peut-être, du coup j’ai dirigé mon mémoire de fin d’études vers une thématique de l’ordre de  “Comment en étant un bureau de tendance français, on pouvait exporter notre savoir-faire en Asie, et comment l’appliquer.” J’ai aussi pas mal travaillé avec Martine, la fondatrice de l’agence (à Shangaï). Pour différentes raisons (mais aussi le fait que je ne savais pas parler le cantonais), le stage à là-bas n’a pas été possible.

En parallèle, après mon stage, j’ai continué à travailler avec Martine sur des sujets touchants l’Asie comme les tendances à Tokyo etc … Puis j’ai commencé à travailler sur les tendances à Séoul. Ca fait deux trois ans maintenant qu’on s’y intéresse de plus en plus. C’est donc pour ça que ça a fait tilt dans ma tête. Je me suis dit que Séoul pouvait être une opportunité. J’avais une sorte de part-time job avec la marque Aesop, j’avais ce plan de travail, donc je suis partie sur un coup de tête, mais ce plan est tombé à l’eau. On ne m’a pas vraiment donné une réponse définitive.

J’avais mon master en poche et effectué un stage mais, au bout du compte, en France et même en Europe, il y avait beaucoup de personnes qui avaient le même profile que moi. C’était pas super attrayant et il fallait que je me démarque. C’est comme ça que je me suis dit “Pourquoi pas Séoul ?” Puis Séoul possède le working holiday visa ! Donc j’ai pu faire un an pour voir comment ça se passait et tenter réellement l’expérience. J’ai travaillé pour RE;CODE, une entreprise qui travaille pour Kolon Industries.

 

Q: Comment as-tu trouvé ce job chez RE;CODE ?

R: Le marché du travail est très compétitif là-bas, les sociétés fonctionnent par réseaux de contacts. C’est grâce à une amie, Sandra qui détient une marque de prêt-à-porter (maintenant orientée active wear) appelée SMK, qui est eco friendly (Ndlr; écologique). Elle m’a mis en contact avec certaines personnes, et grâce à elle, j’ai travaillé pour RE;CODE, la marque vitrine durable et écologique de Kolon Industries.

Q: Peux-tu nous présenter la marque RE;CODE ? Quelles étaient tes tâches et responsabilités ?

R: Il y a cinq ans, beaucoup de stocks invendus ont été jetés et détruits. L’idée de RE;CODE était de réutiliser ce stock pour en refaire des vêtements neufs.

J’étais l’assistante de la manager du marketing global, du coup c’était vraiment pour développer la marque à l’étranger, notamment en Europe. Je gérais tout le panel des détaillants et d’acheteurs, ainsi que tout ce qui était salon. J’étais aussi en charge du digital et d’instagram, et notamment des relations avec des influenceurs étrangers comme Sophie Fontanel  (journaliste et influenceuse française). On était une petite équipe donc je travaillais directement avec ma manager.

Wow, donc ils ont du être assez content de t’avoir pour les échanges avec l’Europe et la France ?

Oui assez ! On a fait une collaboration avec Henrik Vibskov (designer danois), et avec Andrea Crews (designer française), on aussi exposé chez “Merci” (concept store français) pour l’expo “imparfait” en janvier dernier.

 

 

Q: Tu as pu travailler en France et en Corée du Sud, y-a-t-il des différences au niveau de leur manière de travailler ? Quels sont pour toi  les avantages et inconvénients entre ces deux pays?

R: RE;CODE faisait partie de plus grand groupe. Le monopole des grandes marques tel que Samsung est énorme. Toute la vie coréenne tourne autour de ces conglomérats.

C’est une hiérarchie très verticale. A chaque décision, tu dois demander à ton manager, celui-ci doit demander au sien etc. Celui tout en haut à milles demandes dans la même veine et ça prends un temps fou pour agir et décider car il faut avoir l’approbation de “tout en haut”

J’ai aussi l’impression qu’il y a un petit problème au niveau de la présence au travail. Ils préfèrent, un peu comme en Chine ou au Japon, prétendre être au bureau très longtemps alors que la productivité n’est pas constante, plutôt que des heures de travail “moindre”, mais avec plus de rendement et productivité dans ces heures-là.

Q: Penses-tu qu’il est possible pour les étrangers de trouver une place au sein d’une entreprise coréenne malgré le situation tendue dans le pays ?

R: Pour mon cas, j’ai vu que la boite RE;CODE avait un côté éco-friendly et un impact positif socialement. Ils avaient un programme spécial qui permettait d’embaucher des étrangers pour six mois, un an ou un an et demi et qui m’a permis d’y travailler. Après la fin de programme, ils devaient donc m’engager via un autre visa mais ça n’a pas abouti.

La Corée s’est développée, économiquement parlant, avec une économie protectionniste. Il y a beaucoup de barrières à l’entrée pour les biens et les services, mais aussi pour le taux d’embauche. Je voulais postuler dans des groupes étrangers mais je suis tombée des nues. Même dans ce genre d’entreprise (Prada, etc ..) le staff était constitué presque exclusivement de coréens.

Q: Et donc en général et dans la mode, c’était dur de trouver du boulot?

R: La plupart des gens que je connais qui cherchent du travail (français ou coréen) ont trouvé du travail qui leur correspondait. Je n’ai pas l’impression qu’il y a un taux de chômage à longue durée énorme chez les jeunes, en tout cas au niveau de la mode. Il y a beaucoup d’offres qui tournent sur le site coréen de Fashionjobs. Vu que c’est une industrie créatrices, peut-être que dans d’autres secteurs ils sont plus touchés. J’ai aussi quelques amis qui ont monté leur propre boîte, que cela soit dans le graphisme ou dans des magazines. Donc je n’ai pas ressenti de “difficultés” personnellement.

Je pense aussi qu’ils arrivent tout doucement au bout de leur système de leurs conglomérats détenant le monopole. Ce système n’est pas équilibré, ils ont embauché énormément de gens au départ, et maintenant certaines de ces personnes partent à la retraire. Il y a un déséquilibre entre ceux qui partent et ceux qui recherchent du travail. Il y a une sorte de crise avec tout ces jeunes qui sont assez diplômés.

 Q: Comptes-tu rester en Corée du Sud pour le travail ?

R: J’ai trouvé une startup coréenne qui fait du conseil et qui a besoin de se développer, mais il y a eu un problème de visa: Je dois avoir un visa d’un an, et ils se sont rendu compte qu’avec leur statut d’entreprise, ils ne peuvent pas embaucher d’étranger (il faut un certain quota de coréens pour pouvoir embaucher un étranger).

Mais pour le moment avec eux, je vais à la Fashion Week de Paris et Milan donc je me réjouis. Ça fait 2 ans que je vis à Séoul et c’est intéressant d’expérimenter. Je me suis fait de bons amis, les musées sont intéressants, les soirées sont biens, il y a vraiment une chouette ambiance, mais il y a très peu d’étrangers, et souvent ceux-ci sont étudiants, donc ça vient et ça part. Par rapport à la société coréenne, on se dit tous “Wow, Séoul c’est le futur !” mais personnellement, je trouve que Il y a encore une sorte de gros conservatisme au niveau de leur mentalité, qui clash un peu avec ma vision des choses. J’ai peut-être une opportunité à Hongkong et je pense que là-bas sera plus facile car justement iI y a beaucoup plus d’étrangers.

Q: Tu as des exemples de ce genre de choc des cultures que tu as expérimenté ?

R: Oui, par exemple c’est hyper courant que des filles étudiantes en mode en Corée, n’aillent que dans des universités réservées aux filles. Il y a ce genre de système qui met les filles et les garçons de part et d’autres où il n’y a pas de groupes d’amis mixtes. Et il y a aussi le système de la femme au foyer qui est typiquement attendu dans un couple (pas tous, mais la mentalité tend vers ce genre de “cliché”).

Puis ce qui m’a toujours surprise sur les coréennes, c’est que quand elles vont dans un style, elles y vont a fond (Sac, Makeup, etc) ! Donc en Corée il y a plusieurs tendances qui vivent ensemble (genre streetwear hypebeast, Balenciaga shoes,) je les voyais tout les jour , ainsi que le marché de la contrefaçon tellement c’est géant. L’année dernière c’était Gucci et maintenant Balenciaga.

Ce qui me choque aussi, c’est la Séoul Fashion Week. Il y a un truc pas professionnel, ils ont genre des vieilles chaises en plastiques pour le public et les invités, des animations vidéos dépassées, alors que la ville de Séoul mets beaucoup d’argent dedans.

Q: Nous pensons que la Corée est encore jeune, et qu’elle n’a pas eu le temps de créer sa propre identité, les jeunes designers essaient de voir ce que font les autres. Il n’y a pas encore cette spécificité typiquement coréenne. Qu’en penses-tu ?

R: Les designers coréens (même s’il faut mentionner Blindness nominé pour le prix LVMH qui sort du lot) reste très commercial, il y a une sorte de manque de créativité, parfois c’est de la copie de designer qui existent déjà (Rick Owens, Vêtement). C’est surtout des vêtements que tu pourrais acheter et porter directement dehors. Je pense que les designers coréens ont encore besoin de maturité. J’ai l’impression qu’ils manquent de sens critiques et de créativité propre : Ils voient quelque chose de cool et qui marche bien, hop ils vont refaire la même chose sans prendre le recul de réinterpréter à leur façon. Mais même sur des marques qui défilent à la Séoul Fashion Week, il y a une sorte de négligence pour les finitions et/ou détails sur les produits. La qualité du textile et de la fabrication n’est pas encore top. Je pense que lorsque c’est des petites quantités, genre artisanat/façonnier, la qualité est vraiment là, mais dès qu’on augmente en nombre, la qualité diminue fortement.

Q: Beaucoup de jeunes gens aujourd’hui pense tenter l’expérience de la vie en Corée, avez-vous des conseils à leurs donner avant de se lancer ?

R: Mon conseil serait que si vous avez une envie, un rêve, que ça soit en Corée ou partout dans le monde, il faut y aller. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Si il y a vraiment quelques choses que l’on désire, on y arrive toujours. Il faut de la patience et de la persévérance.

Séoul reste une énorme capitale, il faut venir, avoir la niaque ,se faire sa place et se faire un réseau. La plupart du temps, les coréens sont assez contents de te faire découvrir la culture, peut-être du fait qu’il y a peu d’étrangers, donc il y a encore ce “truc” de curiosité d’avoir un ami étranger.

Après faut pas se leurrer, y’a une certaine forme de racisme qui existe aussi.

Il faut quand même avoir l’envie d’aller vivre là bas et être conscient que c’est assez éloigné de notre culture. Il y a justement cette histoire de visa Working Holiday, donc rester pour une période d’un an ou moins (et si vous avez entre 18 et 30 ans), c’est assez facile, profitez-en!

 

Notre rencontre avec un culte à Séoul !

Bonjour ou bonsoir !

Aujourd’hui, on vous propose un article différent de la ligne éditoriale. C’est une expérience qu’on aimerait vous relater, vu que on ne nous a jamais averti de cela avant de partir en voyage là-bas, et que maintenant nous nous chargeons de le raconter à notre entourage qui déciderait de voyager à Séoul.

Il faut vous remettre dans le contexte de cet été 2017. Voici le topo : Nous voyageons à quatre en Corée du Sud en ce mois de juillet. Hanie et sa petite soeur (Nath), ma petite soeur (Mali) et moi. Nous avions grosso modo une semaine à passer à Séoul, une autre à Busan, quelques jours à Daegu et puis une dernière semaine à Séoul avant de retourner en France/Belgique. (Oui en fait c’est un bon détail les dates).

Nous débarquions fraîchement sur le sol séoulite et nous attendions une amie belge, Fanny, qui elle, voyageait en Chine mais a décidé de nous rejoindre pour quelques jours à Séoul. (Vous nous suivez toujours ?).

Ce jour là, il faisait très chaud. Hanie et ma petite soeur sont parties se reposer dans notre Airbnb, et Nath et moi, avons continué à nous balader dans Hongdae (ou plutôt, à continuer notre folie dépensière qui nous fera mordre nos doigts par après – mais ça c’est une autre histoire), afin de pouvoir réceptionner Fanny qui atterrissait à Incheon et qui prenait le train jusqu’à Hongik Station, pour pouvoir l’amener à notre Airbnb et déposer sa valisette.

En rentrant de StyleNanda, nous nous faisons accoster par deux coréens. Une fille dans la vingtaine, ainsi qu’un jeune garçon. Ils nous ont demandé à Nath et moi, après avoir vu notre sac “Stylenanda”, la direction vers le magasin. Nous leurs avons expliqué bien gentillement, puis ils ont entamé une conversation très naturelle avec nous. Ils nous ont dit que c’était parce qu’une de leurs amies “étrangère” était fan de cette boutique, et ils se sont demandés s’ils pouvaient lui rapporter quelque chose de là-bas. On leur a ensuite demandé s‘ils venaient de Séoul même. “Non, on habite à Incheon. On vient juste certains weekends ici, pour aider un groupe de jeune etc.”.

Super sympas. Ils nous ont demandé si on connaissait la Kpop, certains K-shows (on a eu une bonne discussion avec le jeune homme concernant Show me the money), et si la culture nous intéressait.

Ils nous ont demandé si cela nous intéresserait de pouvoir vivre une expérience chouette en portant des Hanboks (Mes chers lecteurs, le mot “hanbok” doit être un signal d’alarme) et découvrir la culture coréenne etc avec des coréens. Tout cela gratuitement pour les touristes étrangers. C’était justement le groupe de “jeunes” dont ils faisaient partie et les activités se déroulaient dans un bâtiment près d’une station de métro (Très éloigné de notre airbnb bien sûr). Celles-ci commençaient le jour même dans une heure ou deux. Est-ce que j’ai déjà mentionné qu’ils étaient super gentils ?

Mais aller dans un endroit dont on avait jamais entendu parler, avec des gens que l’on connaissait depuis vingt minutes, c’était pas super engageant mais YOLO, on était réticentes mais on se sentait mal de refuser leurs offres. Ils étaient prêts à nous attendre près de la station de métro de notre airbnb afin de nous amener au lieu des “festivités”.

Nous les avons prévenus de la venue de notre amie que l’on devait d’abord réceptionner et amener à notre appartement. Donc on s’est échangé nos Kakaotalks (don’t judge me), et nous leurs avons dit à tantôt (ou à plus tard pour nos ami.e.s français.e.s)

Fast forward, on en a parlé à Hanie et Mali via messenger, elles étaient tombées des nues en apprenant notre petite aventure. Lorsque Fanny est arrivée, nous lui avons raconté qu’on allait directement rencontrer des coréens qui nous feraient porter des Hanboks et tout le tralala. Elle n’était pas rassurée non plus. Mais on s’est dit qu’on était cinq, et on a déjà vécu à Liège, Bruxelles, Barcelone, Paris, on était rôdées aux voleurs et agressions, qu’est-ce-qu’il pourrait nous arriver ?

On les a rejoint après avoir débattu dans l’appartement s’il fallait y aller ou non. Après une demi-heure de rafraîchissement de visages (parce que c’était plus possible avec la transpiration), nous nous sommes déplacées jusqu’à la station de métro Sincheon. On les a rejoint beaucoup plus tard que prévu, et ils nous on dit que nous allions être en retard pour les activités.

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Les conversations Kakao avec la fille du duo. Il faut rajouter huit heures pour avoir l’heure de Séoul. Donc on les a rencontrés vers 16h comme vous pouvez le constater.

 

 

Sur la route nous avons papoté avec eux, assez naturellement. Ils nous ont amenées dans une station de métro pas touristique du tout, nous avons marché dans une rue parallèle et sommes arrivées dans un bâtiment où nous avons pris l’ascenseur. Arrivées en haut, il a fallu passer une porte menant à des escaliers donnant sur le toit. Je me souviens très bien de ça car on arrêtait pas de parler français en essayant d’avoir un ton enjoué pour ne pas faire comprendre que l’on se faisait caca dessus quand même un petit peu. “Heu le laissez pas être le dernier dans la file, imaginez ils nous enferment dans une salle” “Soyez sur vos gardes !”.

De là ils nous ont amenées dans une salle sur le toit, on s’est assis, ils nous ont raconté la réunification de la Corée et l’histoire de celle-ci (Je vous avoue, je ne me souviens pas très bien des détails, ils étaient pressés et on arrêtait pas de blaguer, maintenant avec le recul, je me dis qu’ils ont dû nous trouver lourdes haha). On a dû donner nos noms et nos dates de naissance qu’ils ont écrits sur un papier afin de le brûler lors de la cérémonie (?????????? Cérémonie ?????? On a cru à une mauvaise interprétation de leur terme anglais). Dans la méfiance, Fanny a donné un faux nom. (Mais pas nous, pour aucune bonne raison haha).

On nous a pressées vers une autre salle que l’on a traversée. Dedans, des étrangers en Hanboks en train de se lever, s’abaisser et faire une sorte de révérence. Dans la salle suivante, la fille qui nous accompagnait nous a expliqué qu’il ne fallait pas faire de bruit et qu’on allait pouvoir choisir nos Hanboks (peut-être le seul point positif), et elle nous aiderait. Mais d’abord, il fallait se déshabiller là tout de suite maintenant (On restait encore pudiques entre nous … Jusqu’au jour où nous sommes allées au Spa ensemble, mais ça c’est une autre histoire.) On s’est exécutées en gardant nos t-shirts quand même, prétextant que le tissu du Hanbok pouvait nous causer des démangeaisons.

Après nous être changées, elle nous a appris, en vitesse car nous étions très très en retard et ils étaient déjà à un peu plus de la moitié de l’activité/cérémonie, à faire la révérence/prière pour les dames. Aucune de nous n’y est arrivée. Du coup elle nous a montré celle des hommes, qui était plus facile. Elle nous a expliqué que l’on avait pas le droit de parler, de lever la tête, et que l’on devait suivre les autres quand ils “priaient”. Elle nous a ensuite lancées dans la salle rassemblant tous les étrangers en Hanboks, et nous a placées. Puis on s’est exécutées, perdues : On s’est abaissées au moins dix fois au son de leur chant. A plusieurs moment, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder autour de moi et donc de regarder plus haut que je ne le devais. On m’a plusieurs fois rappelée à l’ordre de baisser le regard. On a aussi rappelé à l’ordre quelques une d’entre nous qui chuchotions. Fanny et moi avons bien failli attraper un fou rire en se regardant lors de nos premières relevées.

Après ce rituel, nous avons été placées en cercle autour d’un feu. Là ils ont brûlé nos papiers, et puis il y a eu un petit moment où l’on a pu prendre des photos ensemble. On s’est rendues compte qu’il y avait d’autres francophones et ils nous ont raconté que l’on était vraiment chanceuses d’être arrivées assez tard car cela faisait au moins vingt bonnes minutes qu’ils étaient occupés à faire les mêmes révérences. On a compris qu’ils ont aussi été attirés de la même manière que nous.

Avec mon petit groupe, on a très vite discuté en français. Il fallait partir vite. Nous avons prétexté le fait d’avoir un rendez-vous avec d’autres amis, et que l’on était déjà en retard. Je leur ai montré un message (en français haha) pour appuyer mes propos. Ils nous ont dit “Oh dommage, nous voulions manger avec vous. Mais on va vous raccompagner !”. (Avant cela on a eu le temps de prendre des photos de nous en Hanboks, mais après un problème de téléphone portable, on les a perdues).

Ils nous ont effectivement raccompagnées jusqu’au métro, que nous avons pris pour rentrer chez nous. (Ou faire une petite sortie à Myeongdeong, je ne me rappelle plus trop).

Et c’est la dernière fois que nous entendions parler de ces deux jeunes personnes qui nous ont abordées dans la rue pour une expérience unique.

(SPOILER ALERT : NON, VOICI TOUT DE SUITE LA DEUXIÈME PARTIE)

Après cet “incident”, on a pu profiter de notre semaine à Séoul avec Fanny. Quand nous sommes parties pour Busan, celle-ci finissait ses vacances en Chine. Après Busan, Daegu, et puis retour sur Séoul.

Nous nous promenions à Hongdae, et en marchant, Hanie nous a interpellées :  “Heu, c’est pas la fille qui nous avait abordée la première semaine ?”. Et oui, de loin, on pouvait reconnaître celle qui nous avait pourtant dit qu’elle venait d’Incheon et ne venait que de très rares weekends dans la capitale. Ce jour-là elle était accompagnée d’une fille plus jeune qu’elle. Et devinez avec qui elles tenaient une conversation ? Des touristes. Ayant vécu l’expérience, et voulant éviter une heure de prières alors que l’on te promettait une expérience culturelle sympa avec d’autres touristes (Oui, c’était plus ou moins le cas mais c’était pas du tout fun), nous nous sommes approchées derrière les deux recruteuses. Elles tenaient à peu près le même discours que l’on nous avait servi. Nous avons donc, derrière le dos des deux coréennes, fait des signes aux deux touristes de ne pas y aller. Nous sommes vites parties avant que l’on nous reconnaisse telles de fières superhéroïnes incognitos.

Suivant cela, une vive discussion entre nous. Nous avions donc été trompées ! Ils ne venaient pas que “rarement”, nous en étions sûres. Nous avons donc tapé des mots-clés sur Internet et DUNDUNDUN. Nous avons découvert qu’il s’agissait d’une secte appelée Daesun jinrihoe (대순진리희).

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Leur emblème.

Ils ont une vision différente de ce que l’on pense du karma et essaient d’attirer les étrangers dans l’espoir de propager leurs idéologies dans nos pays. Apparemment ils demandent aussi à ceux qui ont suivi la prière et le repas de ne pas parler de ce qui s’est passé pendant cent jours, et de ne pas partager sur les réseaux sociaux les photos prises du lieu. Souvent, ils essaient de demander de l’argent à la fin de la cérémonie, quand vous mangez avec eux, afin de les aider. Apparemment on s’est enfuies avant. Et c’est courant. Pourtant nous n’avions jamais été prévenues de ce phénomène.

Les derniers jours à Séoul nous ont confirmés que c’était bien un coup monté pour attirer les jeunes touristes naïfs et naïves (comme nous) en leur promettant une expérience culturelle avec d’autres étrangers (et des HANBOKS, n’oubliez jamais ce mot-clé.) : Plusieurs fois, et ce, dans la semaine (pas que le week-end), on a pu apercevoir des binômes aborder des étrangers. Des fois nous reconnaissions l’une ou l’autre personne, que nous avions pu voir pendant notre “rituel”. A chaque fois, nous essayions de prévenir discrètement ces touristes de ne pas y aller.

Il y a quand même un jour où, je l’avoue, j’ai failli me faire avoir ENCORE UNE FOIS. C’est qu’ils ont un don pour la papote. Je marchais avec ma soeur à Hongdae (ils ne sont qu’à Hongdae j’ai l’impression). De loin et très vite, on peut passer pour des locales, du coup cette jeune femme est passée à côté de nous en contresens. Par contre elle a pu nous entendre parler français, et là elle s’est retournée en mode “Excusez-moi, savez-vous où se trouve la sortie de métro 6 de Hongik University ?”

Je réponds donc, ne me doutant même pas pourquoi une coréenne me demande une information sur Séoul alors que je ne suis clairement pas du coin, “Oui oui attendez ! C’est par là je pense, suivez-moi.” Ce à quoi elle me répond “Oh pas besoin” (????? POURQUOI TU ME DEMANDES SI TU NE VEUX PAS SAVOIR ??????). J’ai appelé  Nath et Hanie et là cette dame s’est exclamée “Ah vous êtes plusieurs amies ?”. Hanie est arrivée et nous a dit en français “Les gars, vous remarquez pas que c’est encore une recruteuse ?”. C’est là que ça a fait tilt dans ma tête. On s’est excusées vite fait car elle commençait à nous poser des questions et à sympathiser (et sa sortie de métro lui est sortie de l’esprit). On lui a dit qu’on était pressées et qu’on avait des choses à faire, et avons pris nos jambes à nos cous.

C’était vraiment notre dernière rencontre avec une recruteuse puisque nous nous envolions le soir-même vers la Belgique. Cela nous a fait une bonne anecdote à raconter à nos ami.e.s, mais aussi un petit article à vous faire partager. On vous prévient, si vous envisagez de voyager sans personnes “locales”, de faire attention à ce genre de chose, même s’il ne nous est rien arrivé de grave. Ce n’est pas leur idéologie que nous n’aimons pas mais bien leur façon d’appâter les gens. On se sent piégé dans quelque chose qu’on nous a caché.

Après si votre kiff c’est de vous incliner et vous relever comme dans un exercice de gym sans pouvoir lever le regard ni parler, sans savoir quel est le but du rituel, pendant trente bonnes minutes (et croyez-moi, nous y sommes restées que cinq mais elles nous ont parues très longues), alors foncez vers ces “recruteurs et recruteuses”, ils vous accueilleront les bras ouverts. Et le portefeuille aussi.

Ecrit par Léna
Corrigé gentillement par Fanny !