Les Tendances K-Beauty 2018

Pour les fans de la Hallyu, et plus particulièrement celles qui aiment le maquillage, il va sans dire qu’elles ont toute connu le maquillage à la “ulzzang” (où l’utilisent encore à maintenant). Et bien aujourd’hui, je voudrais vous mettre à jour. Certain.e.s d’entre vous, j’en suis sûre, utilisent certaines tendances datant de 2012 ! Je suis là pour vous remettre vers le droit chemin. OUI, IL FAUT VIVRE AVEC SON TEMPS ! Petit point actu, la couleur de l’année, élue par Pantone, qui sera à l’honneur est “l’ultra-violet”.

La peau

La Corée du Sud étant le premier pays à avoir mis l’accent sur le layering et les différents soin de la peau, cela ne changera certainement pas cette année. Commencez toujours par une peau saine. Depuis 2017 et de plus en plus en 2018, l’hydratation est le point le plus important ! Celle-ci fait sa promotion via de nouvelles textures dites “rafraîchissantes” dans le monde du cosmétique : Des solutions apaisantes et refroidissantes comme Nature Republic qui met l’accent sur leur nouvelle ligne de soin de la peau  “Canada Whistler Line” et l’utilisation d’eau venant de glaciers du Canada ou encore la marque belif et son essence d’eau de Hongrie !

Le teint

Oui, on est toujours pas au stade d’accepter les peaux bronzées/halées comme le must have de cette année, même si certaines marques coréennes ont sorties certains produits élargies au niveau des couleurs de peau : Innisfree avec leur ligne “Matte Full Cover” et “Aqua Fit Cushion” couvrant 14 tons de peaux. “Malheureusement”, ce genre de produits pour peau foncée n’est valable que sur leur site américain.
En Corée du Sud, la tendance est toujours au plus pâle. Mais au lieu d’avoir un visage “plat”, on commence à utiliser le contouring pour structurer votre beau faciès. Le contouring coréen est légèrement différent de son cousin américain (en fait, il est juste beaucoup :  plus léger !). Pony (Beauty Guru, Trendsetter et aussi anciennement makeup artist de CL) utilisait déjà à l’époque le contouring qui n’était pas encore adopté par le grand public coréen. Des marques comme Etude House ont sorti des sticks de contouring (shadow + highlight) assez subtils appelé le “Play 101 stick contour duo

Le baking n’est pas inclus dans cette routine du teint car il donne un effet matifiant à la peau. Ici, l’effet glowy, wet, shiny est toujours tendance. La peau doit avoir l’air brillante et saine (et non pas brillante parce que vous avez trempez votre visage dans de l’huile tel un petit beignet), comme si vous sortiez de la douche.

Les yeux

Ca dépend dans quel contexte vous vous maquillez. Bien sûr le maquillage naturel des yeux reste très tendance, mais cette année, on ose la couleur. Les tons violets, prunes reviennent sur le devant de la scène, surtout que cette année, comme mentionné plus haut, Pantone a nommé l’ultraviolet comme couleur de l’année ! Préparez-vous à des maquillages qui se veulent « bold », ou alors à des déclinaisons plus douces et subtiles comme des tons violets – prunes (car bon, chaud de se ramener au bureau avec du violet flash sur l’oeil).

Vous pourrez appliquer en aplat la couleur de votre choix sur toute votre paupière mobile, un peu comme dans les années 80.  Sachez que les couleurs chaudes sont à privilégier (Orange, Rose, Rouge, Taupe, Prune mais aussi violet).
korean-makeup-trends-2018-eyeshadow-1
Si vous osez, essayez l’aplat de couleur vive avec un effet “mouillé” (Pour cela, utilisez une touche de baume à lèvre d’huile pour le visage ou encore du gloss transparent par dessus votre fard à paupières).

Le look “igari” (application de blush en triangle inversé en dessous de votre oeil pour donner l’effet que vous avez bu quelques verres d’alcool)

qui avait fait fureur au Japon et en Corée, laisse place cette fois-ci au look “punch blusher”. Oui comme si vous aviez reçu un coup de poing dans l’oeil. Pour recréer cela, appliquer votre blush au dessus de votre jeu en remontant vers votre oeil par le côté vers votre tempe.

Punch blusher
Punch Blusher

Les lèvres

Comme on l’a dit, le makeup naturel est toujours très présent donc rouge à lèvre rosé, corail naturel, un “tint” léger ou encore un “gradiant” (aka dégradé de votre rouge à lèvre, du plus foncé vers le centre, et se fondant avec votre peau vers l’extérieur).

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너무 예쁘당🙀💕🌸❤️💋

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Mais je veux vous parler de COULEURS donc je ne mentionnerai plus les maquillages naturels, on connait la chanson (Du corail, du taupe, du rosé léger) ! Cette année, on ose le rouge vif ou l’orange en Corée, mais aussi le fuschia, le prune et notre fameux violet !
https://www.instagram.com/p/BY8uc7mAJcQ/?taken-by=ponysmakeup

De plus pour 2018, l’effet glossy des lèvres refait son comeback (oui un peu comme nos gloss transparent du début des années 2000), vos lèvres aux couleurs vives seront en effet laquées.

Les sourcils

Il faut donner à vos sourcils une forme droite. Il y a une panoplie de crayons à sourcils ou encore de mascara à sourcils pour les dessiner et les remplir comme le nouveau crayon “Drawing eye brow « de Etude house, ou l’ “eyebrow cushion Cara” de Laneige
Attention, restez léger. Ca ne doit pas être des rectangles droit, vous pouvez légèrement donner une forme et faire l’esquisse d’un arc vers la fin. N’ayez pas trop la main lourde et utilisez une couleur qui est plus clair que vos cheveux (Sauf si vous les avez blonds, là il faut faire l’inverse.)

BONUS

Le glitter en accessoire. Que ça soit une application pailletée ou en tant que strass à différents endroits du visage, si vous l’osez, faites vous plaisir. Cette tendance japonaise appelée “kira kira makeup” s’est propagée il y a quelques temps en Corée, mais aussi petit à petit jusqu’à notre continent.

https://www.instagram.com/p/BevNe44lXaN/?taken-by=ponysmakeup

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Alors, avez-vous déjà adopté ces nouvelles tendances mes petits trendsetters ? Laquelle pensez-vous pouvoir appliquer dans votre morning routine ? On attends vos retours (et vos petits selfies K-beauty !).

Crédit photos :

Dailyvanity
Femalemag
Vogue Korea

Ecrit par Léna

 

Acteur de la mode: Interview de Camille Montard

Camille Montard
Illustration de Camille (Par Hanie).

Aujourd’hui, dans notre série des acteurs de la mode, nous interrogeons Camille Montard, une diplômée de marketing de mode et vivant depuis deux ans à Séoul. Nous espérons qu’elle pourra vous apporter une autre vision des choses si par exemple, vous comptiez vous aussi vous installer en Corée ! Bonne lecture !

 

Q: Peux-tu nous faire un résumé de ton parcours ?

R: J’ai commencé par faire un BTS de modélisme, puis je me suis réorientée vers la stratégie commerciale et le marketing en effectuant un Master à Lyon 2 université en mode et création ! J’ai ensuite effectué un stage dans un bureau de conseil et tendance (Martine Leherpeur Conseil) et ça s’est super bien passé !

 

Q: Comment es-tu arrivée à écrire des articles pour Martine Leherpeur ?

R: Le bureau de tendance Martine Leherpeur était étroitement lié au Master que j’ai effectué à Lyon. Certaines directrices donnaient cours là-bas. A la base j’étais intéressée, au delà de travailler pour une marque, de travailler dans le conseil, donc dans un bureau de conseils et de tendances. J’ai effectué un stage chez eux pendant six mois pour mon Master, puis j’ai été embauchée chez eux.

Le projet de vivre et travailler en Asie, ça s’est fait comment ? Comment as-tu réussi à concrétiser ce projet ?
J’avais déjà le désir de vivre en Asie lorsque j’étais étudiante. Mon père travaillait beaucoup là-bas quand j’étais enfant donc j’ai été bercée par cette idée de l’Asie.

Cette boîte (Martine Leherpeur) avait une branche à Paris et à Shangaï. J’ai compris qu’il y avait possibilité d’avoir un stage peut-être, du coup j’ai dirigé mon mémoire de fin d’études vers une thématique de l’ordre de  “Comment en étant un bureau de tendance français, on pouvait exporter notre savoir-faire en Asie, et comment l’appliquer.” J’ai aussi pas mal travaillé avec Martine, la fondatrice de l’agence (à Shangaï). Pour différentes raisons (mais aussi le fait que je ne savais pas parler le cantonais), le stage à là-bas n’a pas été possible.

En parallèle, après mon stage, j’ai continué à travailler avec Martine sur des sujets touchants l’Asie comme les tendances à Tokyo etc … Puis j’ai commencé à travailler sur les tendances à Séoul. Ca fait deux trois ans maintenant qu’on s’y intéresse de plus en plus. C’est donc pour ça que ça a fait tilt dans ma tête. Je me suis dit que Séoul pouvait être une opportunité. J’avais une sorte de part-time job avec la marque Aesop, j’avais ce plan de travail, donc je suis partie sur un coup de tête, mais ce plan est tombé à l’eau. On ne m’a pas vraiment donné une réponse définitive.

J’avais mon master en poche et effectué un stage mais, au bout du compte, en France et même en Europe, il y avait beaucoup de personnes qui avaient le même profile que moi. C’était pas super attrayant et il fallait que je me démarque. C’est comme ça que je me suis dit “Pourquoi pas Séoul ?” Puis Séoul possède le working holiday visa ! Donc j’ai pu faire un an pour voir comment ça se passait et tenter réellement l’expérience. J’ai travaillé pour RE;CODE, une entreprise qui travaille pour Kolon Industries.

 

Q: Comment as-tu trouvé ce job chez RE;CODE ?

R: Le marché du travail est très compétitif là-bas, les sociétés fonctionnent par réseaux de contacts. C’est grâce à une amie, Sandra qui détient une marque de prêt-à-porter (maintenant orientée active wear) appelée SMK, qui est eco friendly (Ndlr; écologique). Elle m’a mis en contact avec certaines personnes, et grâce à elle, j’ai travaillé pour RE;CODE, la marque vitrine durable et écologique de Kolon Industries.

Q: Peux-tu nous présenter la marque RE;CODE ? Quelles étaient tes tâches et responsabilités ?

R: Il y a cinq ans, beaucoup de stocks invendus ont été jetés et détruits. L’idée de RE;CODE était de réutiliser ce stock pour en refaire des vêtements neufs.

J’étais l’assistante de la manager du marketing global, du coup c’était vraiment pour développer la marque à l’étranger, notamment en Europe. Je gérais tout le panel des détaillants et d’acheteurs, ainsi que tout ce qui était salon. J’étais aussi en charge du digital et d’instagram, et notamment des relations avec des influenceurs étrangers comme Sophie Fontanel  (journaliste et influenceuse française). On était une petite équipe donc je travaillais directement avec ma manager.

Wow, donc ils ont du être assez content de t’avoir pour les échanges avec l’Europe et la France ?

Oui assez ! On a fait une collaboration avec Henrik Vibskov (designer danois), et avec Andrea Crews (designer française), on aussi exposé chez “Merci” (concept store français) pour l’expo “imparfait” en janvier dernier.

 

 

Q: Tu as pu travailler en France et en Corée du Sud, y-a-t-il des différences au niveau de leur manière de travailler ? Quels sont pour toi  les avantages et inconvénients entre ces deux pays?

R: RE;CODE faisait partie de plus grand groupe. Le monopole des grandes marques tel que Samsung est énorme. Toute la vie coréenne tourne autour de ces conglomérats.

C’est une hiérarchie très verticale. A chaque décision, tu dois demander à ton manager, celui-ci doit demander au sien etc. Celui tout en haut à milles demandes dans la même veine et ça prends un temps fou pour agir et décider car il faut avoir l’approbation de “tout en haut”

J’ai aussi l’impression qu’il y a un petit problème au niveau de la présence au travail. Ils préfèrent, un peu comme en Chine ou au Japon, prétendre être au bureau très longtemps alors que la productivité n’est pas constante, plutôt que des heures de travail “moindre”, mais avec plus de rendement et productivité dans ces heures-là.

Q: Penses-tu qu’il est possible pour les étrangers de trouver une place au sein d’une entreprise coréenne malgré le situation tendue dans le pays ?

R: Pour mon cas, j’ai vu que la boite RE;CODE avait un côté éco-friendly et un impact positif socialement. Ils avaient un programme spécial qui permettait d’embaucher des étrangers pour six mois, un an ou un an et demi et qui m’a permis d’y travailler. Après la fin de programme, ils devaient donc m’engager via un autre visa mais ça n’a pas abouti.

La Corée s’est développée, économiquement parlant, avec une économie protectionniste. Il y a beaucoup de barrières à l’entrée pour les biens et les services, mais aussi pour le taux d’embauche. Je voulais postuler dans des groupes étrangers mais je suis tombée des nues. Même dans ce genre d’entreprise (Prada, etc ..) le staff était constitué presque exclusivement de coréens.

Q: Et donc en général et dans la mode, c’était dur de trouver du boulot?

R: La plupart des gens que je connais qui cherchent du travail (français ou coréen) ont trouvé du travail qui leur correspondait. Je n’ai pas l’impression qu’il y a un taux de chômage à longue durée énorme chez les jeunes, en tout cas au niveau de la mode. Il y a beaucoup d’offres qui tournent sur le site coréen de Fashionjobs. Vu que c’est une industrie créatrices, peut-être que dans d’autres secteurs ils sont plus touchés. J’ai aussi quelques amis qui ont monté leur propre boîte, que cela soit dans le graphisme ou dans des magazines. Donc je n’ai pas ressenti de “difficultés” personnellement.

Je pense aussi qu’ils arrivent tout doucement au bout de leur système de leurs conglomérats détenant le monopole. Ce système n’est pas équilibré, ils ont embauché énormément de gens au départ, et maintenant certaines de ces personnes partent à la retraire. Il y a un déséquilibre entre ceux qui partent et ceux qui recherchent du travail. Il y a une sorte de crise avec tout ces jeunes qui sont assez diplômés.

 Q: Comptes-tu rester en Corée du Sud pour le travail ?

R: J’ai trouvé une startup coréenne qui fait du conseil et qui a besoin de se développer, mais il y a eu un problème de visa: Je dois avoir un visa d’un an, et ils se sont rendu compte qu’avec leur statut d’entreprise, ils ne peuvent pas embaucher d’étranger (il faut un certain quota de coréens pour pouvoir embaucher un étranger).

Mais pour le moment avec eux, je vais à la Fashion Week de Paris et Milan donc je me réjouis. Ça fait 2 ans que je vis à Séoul et c’est intéressant d’expérimenter. Je me suis fait de bons amis, les musées sont intéressants, les soirées sont biens, il y a vraiment une chouette ambiance, mais il y a très peu d’étrangers, et souvent ceux-ci sont étudiants, donc ça vient et ça part. Par rapport à la société coréenne, on se dit tous “Wow, Séoul c’est le futur !” mais personnellement, je trouve que Il y a encore une sorte de gros conservatisme au niveau de leur mentalité, qui clash un peu avec ma vision des choses. J’ai peut-être une opportunité à Hongkong et je pense que là-bas sera plus facile car justement iI y a beaucoup plus d’étrangers.

Q: Tu as des exemples de ce genre de choc des cultures que tu as expérimenté ?

R: Oui, par exemple c’est hyper courant que des filles étudiantes en mode en Corée, n’aillent que dans des universités réservées aux filles. Il y a ce genre de système qui met les filles et les garçons de part et d’autres où il n’y a pas de groupes d’amis mixtes. Et il y a aussi le système de la femme au foyer qui est typiquement attendu dans un couple (pas tous, mais la mentalité tend vers ce genre de “cliché”).

Puis ce qui m’a toujours surprise sur les coréennes, c’est que quand elles vont dans un style, elles y vont a fond (Sac, Makeup, etc) ! Donc en Corée il y a plusieurs tendances qui vivent ensemble (genre streetwear hypebeast, Balenciaga shoes,) je les voyais tout les jour , ainsi que le marché de la contrefaçon tellement c’est géant. L’année dernière c’était Gucci et maintenant Balenciaga.

Ce qui me choque aussi, c’est la Séoul Fashion Week. Il y a un truc pas professionnel, ils ont genre des vieilles chaises en plastiques pour le public et les invités, des animations vidéos dépassées, alors que la ville de Séoul mets beaucoup d’argent dedans.

Q: Nous pensons que la Corée est encore jeune, et qu’elle n’a pas eu le temps de créer sa propre identité, les jeunes designers essaient de voir ce que font les autres. Il n’y a pas encore cette spécificité typiquement coréenne. Qu’en penses-tu ?

R: Les designers coréens (même s’il faut mentionner Blindness nominé pour le prix LVMH qui sort du lot) reste très commercial, il y a une sorte de manque de créativité, parfois c’est de la copie de designer qui existent déjà (Rick Owens, Vêtement). C’est surtout des vêtements que tu pourrais acheter et porter directement dehors. Je pense que les designers coréens ont encore besoin de maturité. J’ai l’impression qu’ils manquent de sens critiques et de créativité propre : Ils voient quelque chose de cool et qui marche bien, hop ils vont refaire la même chose sans prendre le recul de réinterpréter à leur façon. Mais même sur des marques qui défilent à la Séoul Fashion Week, il y a une sorte de négligence pour les finitions et/ou détails sur les produits. La qualité du textile et de la fabrication n’est pas encore top. Je pense que lorsque c’est des petites quantités, genre artisanat/façonnier, la qualité est vraiment là, mais dès qu’on augmente en nombre, la qualité diminue fortement.

Q: Beaucoup de jeunes gens aujourd’hui pense tenter l’expérience de la vie en Corée, avez-vous des conseils à leurs donner avant de se lancer ?

R: Mon conseil serait que si vous avez une envie, un rêve, que ça soit en Corée ou partout dans le monde, il faut y aller. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Si il y a vraiment quelques choses que l’on désire, on y arrive toujours. Il faut de la patience et de la persévérance.

Séoul reste une énorme capitale, il faut venir, avoir la niaque ,se faire sa place et se faire un réseau. La plupart du temps, les coréens sont assez contents de te faire découvrir la culture, peut-être du fait qu’il y a peu d’étrangers, donc il y a encore ce “truc” de curiosité d’avoir un ami étranger.

Après faut pas se leurrer, y’a une certaine forme de racisme qui existe aussi.

Il faut quand même avoir l’envie d’aller vivre là bas et être conscient que c’est assez éloigné de notre culture. Il y a justement cette histoire de visa Working Holiday, donc rester pour une période d’un an ou moins (et si vous avez entre 18 et 30 ans), c’est assez facile, profitez-en!

 

Acteurs de la mode : Interview de Sophie Dupuy – CEO de K-trend agency

Mannequins, stylistes, make-up artistes, …. Ils sont peut-être pour certains les premiers acteurs qui leur viennent à l’esprit quand on parle de l’industrie de la mode. Il ne faut pourtant pas oublier ceux qui ne travaillent pas forcément sous les feux des projecteurs. Dans cette série, nous allons vous présenter et vous mettre en lumière certains métiers dans l’industrie de la mode. Notre première interview et article de cette série se passe avec Sophie Dupuy, française, expatriée en Corée du sud et directrice d’un bureau de style “K-trend agency”.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un bureau de style (ou “bureau de tendances”) ?

Un bureau de style est une entreprise spécialisée dans l’analyse, et l’anticipation des tendances. Il se charge donc d’être constamment en avance, observer et décortiquer ce qui se passe lors des défilés, dans la rue, sur les réseaux sociaux etc. Ils créent parfois des cahiers de tendances où ils classent différents style à venir. Chaque style (pour la mode) contient un type de femme, des matières, imprimés et couleurs, ainsi que les différents coupes possibles pour certaines pièces et une ou plusieurs silhouettes “phares”. Ces cahiers peuvent couvrir des tendances allant de un, deux, voir dix ans dans le futur, et sont vendus à des professionnel.le.s.
Le bureau de style peut aussi de choisir de collaborer avec une marque ou entreprise et établir avec eux, leurs plans de collections suivant les tendances.

Après cette petite interlude informative, nous rentrons dans le vif du sujet avec notre interview avec Sophie. Il y a des termes marketing/mode dans les réponses, vous trouverez donc, pour ceux qui n’y sont pas habitué.e.s, un petit lexique à la fin ! 🙂

sophie dupuy
Sophie Dupuy, CEO de K-Trend

Pouvez-vous nous donnez un bref résumé de votre parcours ?
Après 15 ans passées dans la mode, notamment à la direction artistique de marques de prêt-à-porter, j’étais de plus en plus fascinée par l’effervescence créative asiatique, à Séoul en particulier où je multipliais les déplacements.

Pourquoi avoir choisi la Corée du Sud pour y travailler ? Ou pour y vivre ?
Séoul est une bonne synthèse entre le Japon – pour son audace créative et sa maîtrise du branding* – et la Chine – pour son sens du commerce et de la copie. Ce mix fait de la Corée un marché particulièrement inspirant!
Quand l’opportunité de m’installer ici s’est présentée, j’ai sauté sur l’occasion et créé mon bureau de style, K-Trend.


Pouvez-vous nous présenter “K-trend Agency” ? Quels sont vos tâches et responsabilités ?
K-Trend est un bureau de style qui réalise des prestations sur-mesure pour des clients, français essentiellement. Ma démarche est d’enrichir l’inspiration des marques  par un benchmark* greffé à la créativité coréenne, tout en respectant leur ADN.

Comment se passe un projet ?
C’est très variable car l’enjeu pour moi est d’intégrer leur process avec flexibilité, pour que mon apport soit le plus efficace possible. Donc je m’adapte: cela va de la veille de trends reports* à des shoppings personnalisés, en passant par du travail de plateformes identitaires (travail sur l’identité de la marque).

Comment trouvez-vous l’inspiration
? Est-ce que vous devez observer ce qui se passe sur le net et/ou dans la rue sous un autre angle ?
C’est une veille permanente, car tous les domaines se nourrissent: les passerelles entre secteurs sont très fortes! Je couvre bien sûr la fashion week, mais ce qui m’inspire le plus ici est la tendance de la rue, et je reste en permanence à l’affût de tous les nouveaux lieux (concept stores, restaurants, expos…).

Pour quel genre d’entreprise travaillez-vous ?
Mes clients sont essentiellement dans les secteurs de la mode femme, enfant et la beauté: tous ces secteurs sont ici particulièrement dynamiques!

Que pensez-vous de la relation actuelle entre la France et la Corée du Sud ? Est-ce que celle-ci influence votre travail au quotidien ?
Ce n’est paradoxalement pas un sujet dont on parle beaucoup ici. Il n’y a pas d’impact direct sur mon travail, si ce n’est pour les Coréens une urgence à innover, qui est un des moteurs de leur incroyable développement économique, et qui reste aujourd’hui source de créativité.

Au fil des années, la Corée est devenue l’un des berceaux des tendances du Sud de l’Asie. Pensez-vous que c’est toujours le cas et dans quel mesure ce phénomène évolue ?
Plus que jamais! La génération des trentenaires actuels est la première qui a grandie avec un sentiment de liberté économique, ce qui a débridé son audace créative, et ce qui fait de Séoul aujourd’hui le laboratoire le plus pointu du continent asiatique! À mon sens ce n’est que le début: après une phase de réinterprétation des tendances occidentales, la Corée est en train de se réapproprier sa propre histoire, ce qui pourrait rendre la K-Pop beaucoup plus dense culturellement. C’est vraiment un marché à suivre de près…

Chez Tendance K, on est très curieuse vis-à-vis des micro tendances du pays. Avez-vous des prévisions pour les prochains mois, voir années ?
Vaste sujet! La constante à Seoul est un travail de R&D* sur les volumes, ce qui donne en ce moment des jeux de disproportion très contrastés: la silhouette est comme noyée dans des volumes oversize.
En terme de dégaine, le porté bandoulière est un incontournable.
Et en beauté, une tendance qui m’amuse beaucoup est l’appareil dentaire qui s’impose!


Lexique
Branding : Gestion de l’image de la marque de l’entreprise.
Benchmark : Le benchmark est l’observation l’analyse des pratiques marketing utilisées et des performances atteintes par d’autres entreprises concurrentes.
Trends reports : Comptes-rendus des tendances, généralement par saisons.

Fashion Week de Séoul : Les défilés

Aujourd’hui, nous allons continuer la seconde partie sur cette Fashion Week de Séoul 2017 ! On vous parle maintenant des différents shows (pas tous, sinon on y est encore le mois prochain) qui nous ont marqués (et qui ont aussi marqués certains médias de mode !)

Le premier jour, on a pu voir les pièces de Kim Ji-woong, designer d’ « Anti Matter » : Une piqûre de rappel aux années 80 avec des imprimés à carreaux, couleurs néons et graphismes typiques post-internet, mélangée au streetwear de nos jours.

 

Le lendemain (mardi),  “on show” (donc défilé à Dongdaemun Design Plaza !) : Han Hyunmin de « Münn », qui a l’habitude des costumes en lainage superbement taillés, a voulu expérimenter avec la soie, la rayonne et des drapés pour cette collection.


« Pushbutton », la marque de Park Seunggun a fait défiler des silhouettes féminines aux couleurs des années 80 (vous l’aurez compris, cette Fashion Week, ce sont les 80’s à l’honneur).

 

“Off show”, nous retrouvons la collection très attendue du label « R.Shémiste » du duo Jiyeun Won et Jooho Lee. R.Shémiste s’est démarqué cette année grâce à son originalité. Des pièces sportswear tout droit sorties des années 90 mixés à des éléments de coutures.  Chaque année, les créateurs utilisent un symbole récurrent dans les différentes pièces sensés symboliser un message. La saison dernière, c’était une épingle de sûreté (=protection). Pour cette collection, c’est le mousqueton que l’on retrouve partout (= sûreté et connexion). Du classique mixé à de l’excentrique.

 

Défilant aussi « off show », notre petite favorite : Minju Kim  (On vous préparera un article spécialement dédiée à elle) ! Elle a réinterprété cette année la poésie de Baudelaire , et en a créé sa collection “Feral Princess”, faites de “gravures” graphiques et broderies.


Mercredi, « Blindness », une marque crée par le couple Shin Kyu Yong and Ji Sun, faisait défiler une fusion entre des robes de cours de la Renaissance et le glam rock des années 70. Cette collection SS18, appelée « Young and Beautiful » (littéralement : Jeune et Beau), était très attendue dans le monde de la mode; le couple de designer ayant été les semi-finalistes du LVMH 2017 Fashion Awards. Contrairement à la vague des années 80’s frappant les stylistes sud-coréens, « Blindness » fut un vent de fraîcheur romantique, ayant même « ‘l’audace » d’utiliser des tons sombres pour une collection printemps/été.


Le jour suivant, Jinwoo Choi and Yeonjoo Koo et leur label « Jkoo », connu pour la réinvention du sportswear avec des détails romantiques : Ils ont cette fois utilisé une palette de couleurs limitée au noir, blanc, gris clair et rose. Cela permet par cette limitation de tons d’expérimenter une plus grande variété de textures et silhouettes.

 

A la tête de « Charm’s », Yohan Kang, qui a divisé son défilé en deux parties : Une première partie avec une tendance assez présente en Corée : “le déséquilibre”. Les pièces présentées sont en fait deux parties de types de vêtements différents (exemple : un demi bomber et un demi blazer cousu ensemble pour créer une seul et même vêtement). Si ce n’est pas deux vêtements différents, c’est alors un jeu de deux types de tissus/couleurs/imprimés différents. Une deuxième partie en collaboration avec Kappa, beaucoup plus sportswear (logique.)

 

Pour la fin de cette Fashion Week, on vous a sélectionné sur les huits créateurs défilant ce jour-là, nos quatre favoris.

Myoungsin Lee avec « Low Classic », qui avait pour but d’évoquer le voyageur asiatique. Il y a là beaucoup d’imprimés folkloriques traditionnels et un sentiment très nature avec des tons très doux, parfois réhaussés par des touches de couleurs plus vives.

Noah Nam , créateur de « Nohant »,  a défilé des pièces aux couleurs des scénarios de printemps et d’été avec des mélanges de tissus et une utilisation de couleur improvisée. Un besoin de mettre en avant le processus de fabrication du design, plutôt que la pièce finale finie.

 

Le designer Ji Youn Lee et sa marque « Jyarret »Sa collection “Dear Little mermaid” dont le style vise assez bien le business des idoles avec ses imprimés, et apparemment, cela marche assez bien vue le nombre de célébrités portant ses créations pour assister à cette Fashion Week !

 

Et pour finir, “Beyond Closet”, la marque de Taeyong Ko, a sorti sa collection SS18 “Bonjour stranger”. Il a voulu exprimer la jeunesse face à de nouvelles expériences, la curiosité qui s’en dégage, ce qui a donné un mélange de silhouette testant une palette de couleur très large ! Avec sa touche personnelle : Les imprimés décalés. C’est avec cette collection que se sont terminés les défilés au Dongdaemun Design Plaza !

 

C’est ainsi que se termine cette rétrospective des défilés sélectionnés pour vous !

On vous retrouve pour la troisième partie de cette Fashion Week 2017 dans quelques jours. On y abordera notamment les tendances qui sont ressorties durant cette semaine de défilés et streetstyle intensive ! Stay tuned !

Identité visuelle et flagship : Une approche à la coréenne

Contrairement à chez nous, les Coréens ne lésinent pas sur les moyens quand il s’agit de marketing visuel. Et cela va du packaging jusqu’au magasin en lui-même. Alors oui “chez nous”, cela se fait aussi : Yve Rocher avec ses tons claires et ses touches de vert pour le côté “naturel”,  Lush qui joue sur le côté “artisanal” avec ses étagères en bois brut, ou encore  Sephora, qui opte pour une combinaison de noir et de blanc rappelant les codes du luxes. Mais les enseignes coréennes comme Etude House, Innisfree, Stylenanda, Chuu (entre autres) ont mis la barre très haut : On reconnaît l’identité d’une marque dès que l’on est devant la façade des magasins.

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L’exemple le plus parlant serait les magasins physiques d’Etude House. Ils ont tous une façade similaire : Bâtiment blanc aux allures de maison de poupées, faux toit tuilé rose. Le décor à l’intérieur est aussi dans cette thématique du mignon rose. Tout est fait pour sentir que l’on est rentré dans un monde rappelant celui des magical girls, les packaging sont extrêmement mignon et le rose est omniprésent.

Etude House

Innisfree se la joue plus “nature” comme Yves Rocher. Beaucoup de bois clair, meubles blancs, lumière tamisée et quelques touches de vert surtout présentes sur les produits et parfois sur un pan de mur recouvert de fausses végétations.

Innisfree
Les packaging de Innisfree, bien qu’ils soient sobres, donnent l’impression d’être plus « travaillés » que ce que l’on peut retrouver chez par exemple Yves Rocher. Leurs produits ont une certaine unité, et sont mis en scène avec un arrière plan esthétique et « zen ». Si il y a des motifs ou images qui doivent s’illustrer, ils sont toujours minimalistes, dans un même camaïeu de couleurs et donnent une impression de qualité, là où Yves Rocher a parfois l’image de packaging “cheap”, alors que tous deux ont la même gamme de prix.

Innisfree
Produits Innisfree
Yves rocher
Produits Yves Rocher

Nous arrivons à un tout autre niveau avec les magasins “flagship”.


Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un magasin “flagship” ?

C’est un magasin dit “principal” de la marque, où celle-ci transparaît le mieux au travers de concepts bien rôdés.

Pour exemple, le magasin flagship de Stylenanda et 3CE à Myeongdong, où l’on peut retrouver leur magasin sous forme d’un hôtel. Chaque étage est dédié à un service ou une pièce que l’on peut retrouver dans ce genre d’établissement et est décoré comme tel avec parfois une catégorie de vêtement spécifique correspondant à l’étage.

LOBBY flagship
Le premier étage fait référence au hall d’accueil et dispose en son centre et à l’arrière de produits de beautés 3CE (La marque maquillage de Stylenanda). Vous pouvez même acheter de fausses clés de chambres d’hôtel. Ici pas de vêtements, juste un avant-goût des cosmétiques.

SPA flagship
Le deuxième étage dispose d’un balcon donnant sur le rez-de-chaussée. Il est modelé à l’image d’un “Spa” (enfin, c’est ce qui est écrit sur le plan des étages) avec sa baignoire au fond de la salle, et des lavabos en marbre blancs avec leurs miroirs dorés au centre rappelant une salle de maquillage de luxe.  Cette pièce contient des produits de beauté 3CE en plus larges quantités que l’étage précédent.

Rooms flagship
Le troisième étage étant les chambres, vous retrouverez des habits sur cintres le long des murs. Des chaussures sont disposés sur une étagère au fond de la salle, juste à côté d’un fauteuil vert émeraude où vous pouvez vous asseoir pour les essayer.

Laundry flagship
Le quatrième est la blanchisserie. Ici, des tambours de machine à laver sont remplis d’habits et tournent. Les chapeaux et accessoires sont abondants dans cette section.

POOL FLAGSHIP copie
Le dernier étage est à l’image d’un penthouse de luxe. Des chaises et tables sont disposées dans le décor d’une piscine. Ici la catégorie de vêtement exposés sont des maillots de bains principalement, avec les accessoires qui vont avec : Chapeaux, lunettes de soleils, sandales. Au fond vous pourrez déguster certaines spécialités tendances du moment (le truc pour vous la péter sur Instagram). 
Le toit dispose d’une large terrasse. Entourée de plantes vertes, celle-ci est remplie de grands coussins/poufs pour pouvoir s’allonger et se relaxer d’avoir traversé les 5 étages de cet hôtel/magasin.

Ce flagship est un exemple parfait qui illustre l’approche culturelle coréenne pour ce genre de consommation, face à la Belgique/France.
Les consommateurs coréens portent souvent beaucoup plus attention à l’établissement qui contiendra leurs produits. Des cadres à thématiques divers, temporaires (comme c’est le cas avec le Flagship Pink Hotel de Myeongdong) sont utilisées à la promotion de leur produits, ou permanent, comme la façade des Etude House.

Il faut aussi noter que chez nous, nous misons beaucoup sur le minimalisme qui est très en vogue. Et quand on vous dit minimalisme, on parle de cela littéralement; du blanc, du noir, un peu de métallique, des meubles carrés et propres.
En Corée du Sud, il y a beaucoup plus de genres qui sont simultanément à la mode, sans forcément tomber dans le mauvais goût. Le minimalisme à la scandinave peut rencontrer le mignon/rose, et côtoyer tout aussi un autre genre plus urbain/street : des styles que l’on ne trouve que très rarement en Belgique et en France pour l’identité visuelle d’un magasin; peut-être une ou deux boutiques indépendantes, mais pas à une aussi grande échelle qu’en Corée du Sud. Et c’est bien dommage, car cela est toujours sympa d’avoir un énorme faux hôtel rose en pleine Rue Neuve à Bruxelles …

Ecrit par : Lena